Je donnerais ma vie pour être un migrant, ça a l’air tellement génial à vivre comme nouvelle télé-réalité. Je t’explique, attends.

T’es là tranquille dans ton pays, tu entends le bruit des balles, tu te demandes qui entre toi et ton voisin sera éliminé en premier sans prime time, tu vis dans les décombres en attendant que D&Co ou l’armée viennent maroufler les murs, tu n’as rien dans le ventre à part la peur de ne pas te réveiller le lendemain, alors tu cherches de quoi manger en grattant la terre, c’est un peu Koh-Lanta, sans l’accent marseillais du candidat relou, le totem et le collier d’immunité. Alors, t’es là tranquille, prêt à tenter un Pékin-Express direction l’Europe, et c’est parti mon kiki, tu laisses derrière toi toute ta vie, ta mémoire, ta famille, ton héritage, ton identité mais ce n’est rien comparé à l’aventure, tu as bien raison de casser la routine, le quotidien c’est vraiment mortel. Alors, t’es là tranquille, entassé avec les autres participants dans la soute d’un camion, dans les cales d’un bateau, c’est un peu la Croisière s’amuse ou les Déménageurs de l’extrême mais qu’importe, au bout t’attends la gloire, la richesse européenne, les droits de l’Homme, la Liberté.

Et puis, finalement, le rideau tombe et les corps aussi. Ce n’est pas Danse avec les Stars, mais Valse avec la Mort, ce n’est pas Rendez-vous en Terre inconnue mais

J’irai mourir chez vous.

Et le monde entier regarde sa télévision, tout en râlant sur le coût de la vie qui augmente, la courbe du chômage, la crise c’est la crise vivement Marine 2022, et que franchement on n’a pas que ça à faire que de voir des gens morts au moment du repas qui de toute manière allaient nous piquer notre boulot et puis nos SDF on y pense à nos SDF qu’on ne calcule pas le reste du temps et puis merde quoi on n’a pas de sous c’est la crise qu’elle a dit la Marine Le Pen allez mets moi TPMP j’ai des canulars à regarder y’a Hanouna qui humilie des êtres humains c’est vachement amusant tu sais

Et pendant ce temps, des enfants font la planche dans les vagues, en silence.

Vincent Lahouze

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