Il y a quelque chose de pourri dans le royaume de France, vraiment. Une odeur rance qui revient régulièrement comme une tradition, un passé dont on a du mal à se détacher. A chaque fois, c’est la même chose. Lorsqu’un violeur en série, un terroriste (barbu et musulman de préférence), un prêtre pédophile, un homme qui a abattu son chien (et autres personnages que je n’aimerai pas inviter chez moi) sont arrêtés par nos chères forces de l’ordre, il y a cette vieille odeur qui s’infiltre, qui se glisse en commentaires sous chaque article, sous chaque publication, derrière les comptoirs des bars PMU, dans la France profonde, dans chaque conversation des grands philosophes du dimanche:

Franchement moi je dis qu’il faut rétablir la peine de mort / qu’on lui colle une balle entre les deux yeux au lieu de le coller en prison / qu’il crève il ne mérite pas de vivre / et si c’était un membre de ta famille parmi les victimes / œil pour œil dent pour dent / il n’a pas besoin d’un jugement juste d’une corde / je ne suis pas violent mais /

(Et ça défile ainsi, sur la Toile, au gré de la colère, de la haine et de la peine de chacun…)

A chaque fois que je lis ceci, je suis partagé entre la tristesse, l’incrédulité et la consternation face aux réactions de mes semblables, vraiment.

Petit rappel que nous avons tendance à oublier ces dernières années, dans les articles 3 et 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, il est écrit:

Article 3 : Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.

Article 5 : Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Qui sommes nous pour juger de la vie d’un être humain, aussi inhumain qu’il soit? Comment peut-on prétendre rendre justice, les mains pleines de sang? Quel échec que celui d’une société qui ne voit de solution dans le crime que de supprimer le criminel. Que deviennent nos principes humains, notre rôle fondamental d’élévation et d’éducation, qui nous font dire, qui nous font apprendre à nos générations futures que l’homme est un être qui change, qui évolue, qui est accessible à la compréhension? La peine capitale revient à cracher sur la rédemption, sur la réhabilitation. Revenir dans une société où la peine de mort existe revient à ne concevoir que des êtres parfaits dans un monde parfait. Mais qui peut se targuer, se prévaloir et se qualifier ainsi de parfait et juger ainsi un autre être humain? Dites moi qui? Je rajouterai qu’en plus d’ôter la vie à des criminels, nous rabaissant nous-mêmes ainsi au rang d’assassins, le risque d’appliquer une sentence irrémédiable à un innocent n’est pas à exclure. La justice est imparfaite parce qu’humaine. Combien d’êtres humains exécutés par erreur, innocentés des années après, combien..? Comment revenir sur ces erreurs, si la peine est définitive? On se targue de réparer un crime par la peine capitale, en prenant le risque de ne pas réparer les erreurs même de la justice. Quel paradoxe.

Si je ne devais citer qu’un homme, pour résumer la situation, ce serait Victor Hugo:

« Que dit la loi ? Tu ne tueras pas ! Comment le dit-elle ? En tuant ! ».

Alors, régulièrement, quand j’expose mes idées sur la peine de mort, on me considère comme un gentil naïf, qui vit dans un monde de bisounours, un fragile, un faible qui ne saurait pas prendre les armes une fois l’envahisseur devant ma porte. Je ne suis pas violent, c’est vrai, et je préfère me dire que les mots et l’éducation sont des armes d’instruction massive face à la barbarie humaine. Il ne s’agit pas de tendre l’autre joue, en totale soumission et résignation mais d’avoir foi en l’être humain, tout simplement. De considérer que l’erreur la plus atroce, la plus monstrueuse, n’autorise pas à condamner définitivement une vie sur Terre. Et j’aurai le même discours si cela devait toucher mes proches, si cela devait me toucher au plus profond de mon être, vraiment. Alors, certes, je ne suis pas encore père, je ne connais pas la douleur de perdre son enfant, de le voir souffrir à vie, meurtri dans sa chair. Oui, je ne connais pas ce sentiment de rage et de vengeance et j’espère ne jamais le connaître mais tuer une autre personne ne ramènera personne à la vie, vous le savez bien. Ce qui fait la grandeur de l’homme, de l’humain, ce qui fait sa force, ce qui l’élève au dessus de sa condition de bête, c’est le respect de la vie. Ce respect ne peut connaître aucune exception. Aucune exception. Aussi abject que soit le crime, qu’il touche un enfant, une personne âgée, qu’il vous touche personnellement, on ne peut faire une hiérarchie des crimes passibles de peine de mort. Dire, je suis contre la peine de mort, sauf pour tel ou tel crime, est un échec en soi. C’est se mettre au même niveau que ce que nous combattons chaque jour et c’est à l’état et à sa Justice, malgré tout ce qu’on peut en penser, de réguler cela et de se substituer à la Loi du Talion dont beaucoup aimeraient faire preuve, animés par des pulsions meurtrières et de vengeance que je peux comprendre, cependant. Alors, je suis sincèrement désolé, mais je ne crierai pas avec les loups (ou la meute de moutons, cela dépend parfois), je ne suis pas pour le rétablissement de la peine capitale en France, même si j’entends vos arguments, même si j’entends vos témoignages personnels, vos raisons à vouloir la mort d’une personne. Je respecte vos idées mais je continuerai à les combattre avec fermeté, par la plume, par la voix.

Et je reste persuadé qu’en appliquant la peine de mort, on perd sa propre dignité. Et l’on perd suffisamment de choses dans la vie, (entre son temps, son argent, sa virginité, ses clés..) pour le regretter, pour en rajouter.

Vincent Lahouze

Dessin: Extrait d’une planche de Franquin, tiré du livre « Idées Noires ».

N’hésitez pas à partager ce texte, à le commenter. Que vous soyez contre, pour la peine de mort, il n’y a que dans le débat (constructif) et les échanges que nous serons humains.

Merci.

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