Moi, j’ai un rêve dans la vie.

C’est de me réveiller avec un garçon dans les bras. C’est de me réveiller avec un garçon dans le lit. Qu’il me dise (Bonjour Daddy), qu’il me dise (Bonjour Papa)

Tu sais je ne sais pas vraiment comment je serai en tant que père mais je m’imagine dans le salon en pleine nuit en train de te donner le biberon les yeux collés et la gueule en vrac la lumière éteinte pour ne pas réveiller ta mère

je m’imagine faire les cent pas dans ta chambre en train de te porter comme je porterai le monde pour que tu t’endormes ta tête posée sur mon cœur en essayant timidement de sécher tes pleurs je m’imagine en train d’essayer de te donner à manger essuyer le carnage autour de ta bouche faire l’avion avec la cuillère pleine de purée et la voir voler à travers la cuisine sous l’œil consterné de ta mère je m’imagine te donner le bain mettre de la mousse sur ma barbe et imiter la voix du Père Noël pour entendre ton rire éclabousser la salle de bain je m’imagine te porter sur mes épaules pour ton premier feu d’artifice ta tête cachée dans mes cheveux pendant que le ciel s’illuminera en même temps que ton regard filmer ton premier pas hésitant ta première gamelle ton premier (pourquoi) ton premier (c’est quoi) ton premier (tu m’soûles papa)

je m’imagine te lire des histoires avant que tu t’endormes le soir te raconter les pays que j’ai visités les paysages incroyables en Colombie te décrire les 7 Merveilles du Monde mais que la 8ème c’est celle qui t’a porté pendant 9 mois dans son ventre je m’imagine te voir grandir le premier cartable de maternelle la première photo de classe toi devant en faisant la grimace les premiers poèmes les premières chansons les premières kermesses où tu seras déguisé en fleur ou en lion je m’imagine te voir grandir encore et toujours la première rentrée au CP avec un peu de chance tu ne tomberas pas dans la classe de ta mère tes premières appréciations les premières notes les premiers bulletins les premières félicitations les premiers bavardages en classe je t’imagine revenir de l’école en râlant en portant ton sac trop lourd me fâcher quand tu ne voudras pas apprendre tes tables de multiplication et me dire que tu me ressembles bien sur ce point là je m’imagine donner le relai à ta mère tu n’imagines pas la chance que tu auras d’avoir ta propre maîtresse à la maison

je m’imagine te voir grandir encore et toujours tes cheveux tomber devant tes yeux la mine boudeuse dès le matin devant ton bol je m’imagine te regarder changer de style constamment voir évoluer ton identité au point de ne plus te reconnaître le corps qui grandit de façon désordonnée la pudeur qui apparaît les boutons la voix qui mue et ta chambre transformée en territoire interdit aux parents je m’imagine te voir flirter en ville ramener tes conquêtes à la maison et qu’importe le sexe de la personne tant que tu la respectes qu’importe qui elle est tant que tu ne la considères pas comme inférieure je t’imagine à l’adolescence et tes envies de tout casser de partir loin de la réalité tes désirs d’évasion loin de tes parents qui ne comprennent rien de toute façon je m’imagine passer des heures sans dormir à me demander où tu vas la nuit où sont tes soirées si tu n’es pas en danger et si tu reviendras au petit matin en faisant la moue devant ton bol que j’aurai préparé au cas où j’imagine qu’il y aura un moment où je serai un vieux con et que tu me détesteras comme souvent les fils détestent leurs papas où dire (je te hais) est plus simple que dire (je t’aime) mais qu’importe les mots et les blessures je veillerai sur toi comme ton grand-père a veillé sur moi dans mes égarements de jeune adolescent

je m’imagine te voir évoluer avec fierté jusqu’à ce que tu prennes ton envol et regretter déjà le temps où je te tenais dans mes bras la nuit dans le salon la lumière éteinte en te donnant le biberon pour ne pas réveiller ta mère.

Je ne sais pas comment je serai en tant que père.
Mais j’espère que tu seras fier de moi, un jour.

Vincent Lahouze

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