Un jour, je serai papa. 

Je verrai le ventre de ma femme grossir, peu à peu jusqu’à l’arrivée de l’enfant qui bouleversera ma vie. Fille, garçon, qu’importe. Je serai père et c’est tout ce qui compte. Un jour, je verrai mon enfant grandir, s’épanouir, tomber amoureux, se relever, retomber, se relever. Je lui dirai qu’on se relève toujours qu’importe la hauteur, qu’importe l’auteur de la chute, on se relève, quelques bleus au coeur, un peu de blues à l’âme mais on se relève, on pleure, on rit, on retrouve le sourire aux lèvres, c’est promis. Je lui dirai, tout ça, fille ou garçon. 

Un jour, mon enfant aimera sûrement quelqu’un. Et qu’importe son sexe, son apparence, son origine, sa religion, son âge. Qu’importe. Tant que mon enfant sera heureux, je le serai. Tant qu’il respectera et sera respecté, je serai à ses côtés. Un jour, mon enfant décidera à qui offrir son coeur, son corps, ses sentiments. Et ce sera SON choix, SA vie. Tant que mon enfant, mon adolescent, mon jeune homme, ma jeune femme, sourira devant la glace, je sourirai avec. Heureux de le ou la voir grandir, peu à peu. Parce que mon enfant aura la chance de naître sur le sol français. Il aura la chance de vivre si il est homosexuel. Parce que je ne suis pas tchétchène, je ne suis pas russe, je ne suis pas un citoyen de certains pays restés coincés dans les années 40, qui emprisonnent, torturent, massacrent, tuent et exterminent ceux et celles qui ont le malheur d’aimer une personne qui lui ressemble physiquement. Mon enfant aura le droit d’aimer qui il veut, sans crainte de se prendre une balle entre les deux yeux.

Un jour, je serai papa. Je passerai la tête par la porte de sa chambre le soir, pour veiller sur son sommeil, enfant ou adolescent, j’écouterai sa respiration, heureux de le savoir vivant, heureux de l’avoir dans ma vie, sur cette Terre. Je lui dirai sûrement en chuchotant que je l’aime. Et je pense à ce père, en Tchétchénie, à qui la police a dit: « votre enfant est homosexuel, réglez cela vous-même ou l’on s’en charge ». Je pense à ce père, contraint d’assassiner son propre enfant ayant pour seul crime d’aimer. Je l’imagine, passer la tête par la porte de la chambre, écouter la respiration de son enfant, lui chuchoter: « Dors mon enfant, dors. J’ai promis de te tuer demain. » 

Peut-on ressentir telle douleur? Peut-on imaginer tuer un jour son enfant parce qu’il ne correspond pas aux normes de la société? Qui sommes-nous pour juger la sexualité d’un autre humain? Qui sommes-nous pour avoir droit de vie ou de mort? Ce monde m’écoeure. Ce silence m’écoeure. Il est urgent que l’on sème à nouveau de l’amour au lieu de semer la mort.

Aimons-nous avant qu’il ne soit trop tard.

http://www.france24.com/fr/20170426-focus-tchetchenie-camp-torture-homosexuels-meurtre-kremlin-ramzan-kadyrov-poutine
Vincent Lahouze

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