• TÉMOIGNAGE:

« Bonjour à tous.

Je me présente, je m’appelle Zoé, j’ai 17 ans.

Nous sommes aujourd’hui le 22 mai 2017 et je vais vous raconter mon histoire. Oh, je vous arrête tout de suite. Ce n’est pas un de ces contes de fée où à la fin il y a écrit « Et puis elle vivra heureuse et elle fera beaucoup d’enfants ». Non. Ce serait même plutôt l’inverse.

Nous sommes en Juin 2015, j’ai 15 ans. Une de mes amies, (nous l’appellerons Ju), rencontre un homme, (nous l’appellerons Y), plus âgé qu’elle. Le feeling passe bien. Ju et Y décident de se mettre ensemble. Un soir, Ju me propose de venir manger avec eux au McDo: « Mais promis, tu ne tiendras pas la chandelle, il y a un ami à Y qui vient aussi! »

Et c’est là que tout a commencé. Dans un McDo. C’était une belle soirée, pourtant.

L’ami de Y, (que nous appellerons X) était gentil, très gentil. Nous nous sommes revus plusieurs fois. Avec Ju et Y mais aussi en tête en tête. Certains soirs, il venait me chercher chez moi et nous allions nous promener en voiture. On se racontait nos joies, nos peines jusqu’à ce que le soleil se couche. Ça a duré un peu plus d’un mois. Jusqu’à ce qu’il me dise qu’il était amoureux de moi. Mais je ne partagerais pas ses sentiments, il n’était qu’un ami à mes yeux. Devant mon refus, il s’est énervé et m’a dit: « Si je ne peux pas avoir celle que je veux, alors je ne veux plus en entendre parler! »

Nous avons coupé les ponts.

Nous sommes en Décembre 2015 et Y m’appelle pour me demander de venir l’aider à trouver un cadeau de Noël pour Ju. J’accepte avec plaisir. Si j’avais su.

Quand Y est arrivé, X l’accompagnait.

 J’étais mal à l’aise mais je n’ai rien dit. Il n’y avait rien à dire. Après avoir trouvé un cadeau pour Ju, Y m’a déposé chez mon petit copain de l’époque. (J’ai appris bien plus tard qu’un fois partie, X a dit à Y: « Je suis pas amoureux mais un jour je la baiserai! ») Si j’avais su.

Après cet après-midi là, X et moi avons vaguement repris contact. Pourquoi? Je n’en sais rien. Et un jeudi. Le jeudi 27 Mars 2016, X est venu me chercher devant mon lycée. Je finissais les cours à 14h et nous avons décidé de passer l’après-midi ensemble. Il m’a proposé d’aller chez lui pour regarder un film. J’y étais déjà allée. Je ne me suis pas méfiée, je ne me suis pas posé de questions. J’aurais dû.

 A la fin du film, X m’a embrassé. Je n’avais pas envie. Mais bien trop naïve, je me suis dit « c’est bon, il veut juste un bisou, si je le laisse faire, il me ramènera chez moi et cela sera terminé. » Mais non. X a essayé de me déshabiller. Je n’avais pas envie, j’ai essayé de le repousser mais imaginez une fille de 1m65 et 40kg contre un mec de 1m80 et 90kg. Je ne faisais pas vraiment le poids. X s’est retrouvé entre mes jambes et m’a fait un cunnilingus. J’étais terrifiée. Je ne pouvais plus bouger. Puis X m’a pénétré, je ne voulais pas, mais il a continué malgré mes refus. Il me disait: « Allez, tu vas voir, tu vas kiffer, détends toi tu vas aimer, je vais te faire du bien! » J’étais incapable de bouger, de parler. Alors, je l’ai laissé faire, je pensais à un livre que j’avais lu : « Séquestrée » de Chevy Stevens. Dans ce livre, une victime de viol disait que pour penser à autre chose pendant l’acte, elle s’imaginait étendue dans un champ à regarder les avions voler.

Alors, j’ai imaginé regarder les avions voler au plafond. Pendant longtemps.

A la fin, devant mon refus catégorique de le sucer pour qu’il jouisse, X s’est branlé. Juste à côté de moi. Je voulais mourir. je me suis rhabillée. Honteuse, humiliée, et avec cette envie de disparaître. Il m’a ramenée chez moi. Et je n’ai plus eu de nouvelles.

Ce jour là, je suis morte, une première fois.

Je n’en ai pas parlé. Évidemment. Bien trop honteuse. Pour moi, tout était de ma faute. J’ai commencé à boire. Beaucoup. Trop souvent. Pour essayer d’oublier. J’ai fini par tout raconter à un ami qui s’inquiétait de ma santé. Choqué, il a réussi a me convaincre d’aller voir mon père et de lui en parler. Ce que j’ai fait.

« Papa, j’ai été violée. »

Je l’ai réveillé pour lui dire ça. Au milieu de la nuit. Je ne l’avais jamais vu aussi triste. Quelque chose en lui s’est éteint, cette nuit là. Le lendemain matin, il m’a dit:

« Maintenant Zoé, tu as deux solutions. Soit on va porter plainte, soit tu me donnes son adresse et c’est moi qui vais en prison. »

C’était un samedi soir, au début du mois de Mai 2016.

Le lundi, nous sommes allés au commissariat. Questions. J’ai tout dit. La plainte a été transférée dès le lendemain. J’ai de nouveau été convoquée, de nouveau des questions. Puis, X a été convoqué. Et à nouveau moi. Et il y a eu ce gendarme qui m’a dit avec un ton hautain et méprisant: « X nous a dit que vous l’aviez supplié pour coucher, est-ce vrai? » Ce gendarme venait de me détruire encore plus que je ne l’étais.

Il venait de me tuer une seconde fois.

Après ce rendez vous, en Septembre 2016, nous n’avons plus eu de nouvelles de la gendarmerie. Mon père a appelé tous les mois pour savoir où en était l’enquête.

« C’est au tribunal, en attente d’être vu par le procureur. On vous tient au courant dès qu’on en sait plus, Monsieur. »

Début 2017, toujours rien, on commence a perdre patience. Avec ma mère, en Avril 2017, nous écrivons une lettre directement au procureur, lui demandant qu’elles sont les suites données à l’enquête. Et nous avons reçu une réponse, enfin, le 20 Mai 2017.

Une lettre datée du 26 Octobre 2016, disant que l’affaire avait été classée sans suite pour « Faute de preuves ».

La justice française se fout ouvertement de notre gueule. Des victimes de viols.

Aujourd’hui, j’ai envie de mourir.

Aujourd’hui, je hais la justice française.

Aujourd’hui, je hais la France.

Aujourd’hui, je suis morte une fois de plus.

Je m’appelle Zoé, et ceci était mon histoire. »

—-

Ceci est une histoire vraie, un véritable témoignage. Combien de Zoé en France, dans le Monde? A lire et à partager, à défaut de vomir et pleurer de dégoût.

Témoignage de Zoé, retranscrit à sa demande par Vincent Lahouze

(J’ai décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique sur mon blog « Artiste comptant pour rien ». En effet, j’ai conscience de ma notoriété sur la Toile et des nombreuses personnes qui me lisent régulièrement. Vous connaissez mes valeurs, ce que je défends chaque jour dans mes textes et dans la vie, mais sur certains sujets, je ne pourrais jamais en parler aussi bien que les concerné.es, et j’en ai pris conscience après quelques erreurs de ma part.

C’est pourquoi j’ai décidé de créer une rubrique de manière épisodique: « Témoignages », anonymes, sur des sujets divers et variés, afin de donner une visibilité et un support à des voix qui peinent à se faire entendre et qui me sollicitent régulièrement en privé. Cela a été le cas par le passé avec la lettre ouverte, « Abandon sous X », de l’ex-actrice Nikita Bellucci, qui m’avait demandé de l’aider à mettre en forme ses pensées et ses ressentis sur son désir d’être mère.

C’est ce que je souhaite faire avec ces témoignages anonymes, de temps en temps. Sur n’importe quel sujet qui vous sera important à vos yeux. Nous en discutons en privé. Je vous aide à le mettre en forme sans toucher le fond. Et j’espère que cela sera bénéfique pour chacun de nous.)

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