Madame rêve. Le corps encore froissé par les draps, elle s’étire entre deux nuages, entre coton et dentelle, Madame voyage, ses mains entre les jambes. Ses doigts se promènent, au bord du gouffre, au bord du précipice, son coeur souffre et ses doigts glissent, Madame rêve d’être Alice.

Madame rêve. Le réveil ne sonne pas. Elle tombe, comme chaque matin, Madame sera en retard. Le souffle court, le regard tourné vers ailleurs, son coeur palpite au bout de ses doigts, l’air est humide, le parfum du bonheur. Madame rêve de bonne heure.

(Il y a son souffle entre ses reins, sa bouche sur ses seins, il y a sa langue qui serpente le long de ses courbes et son regard qui la brûle) Madame rêve. (Il y a ses mains qui se glissent sous sa jupe fendue, ses doigts qui s’invitent entre ses cuisses, il y a la vague qui monte, le goût du sel sur les lèvres) Madame s’agite. (Il y a sa respiration saccadée, ses coups de langue agiles, les décharges électriques, il y a l’univers qui explose dans son ventre et le paradis qui s’ouvre, toujours plus.) Madame tremble. (Il y a ses cheveux en bataille qu’elle agrippe à pleines mains, les océans qui s’agitent, il y a ses hanches qui chavirent, qui chaloupent au rythme du flux et et du reflux de son intimité.) Madame gémit. (Il y a sa queue qui se dresse vers le ciel, sa langue qui s’y enroule, il y a le va et vient, le temps qui s’arrête, les larmes qui montent et qui inondent le fond de sa gorge) Madame gémit, plus fort. (Il y a ses reins qui dansent contre les siens, ses mains qui se perdent dans sa crinière, ses mains qui claquent ses fesses, ses mains qui la tiennent comme elles tiendraient le monde) Madame crie. (Il y a un volcan qui se déverse, un brasier qui les dévore, il y a un tsunami qui les submerge tandis qu’elle contemple l’Eternité quelques instants au fond de ses yeux.) Madame jouit, Madame s’écroule.

Madame se réveille. Le corps encore douloureux par ses bras, elle s’étire, en nage, entre terre et ciel, Madame flotte, en sueur, jambes écartelées entre rêve et réalité. Ses yeux s’ouvrent, presque à regret, Madame est en retard, mais qu’importe, le plaisir n’attend pas.
Vincent Lahouze

Publicités