Elle fait chauffer les pâtes dans la casserole, et tout en regardant quelques morceaux tombés par terre, elle se dit qu'elle n'est pas la seule à être à côté de la plaque.

L'eau bout, elle aussi, intérieurement, les bulles remontent et crèvent à la surface. Comme ses souvenirs. Comme ses souvenirs. A chaque bulle qui remonte, c'est son coeur qui éclate un peu plus. C'est son âme qui éclabousse les murs de la cuisine. Les pâtes cuisent et elle attend que passe le temps. Hier encore, il était là. Aujourd'hui, il n'y a que son rire qui flotte encore dans l'air, qui flotte comme les pâtes. Et demain. Demain, tout aura disparu. L'écho, les odeurs, les éclats de vie qui lui faisaient des fossettes mais de vrais sourires. Elle remue les pâtes tout en remuant le couteau dans la plaie. Elle ne rajoutera pas de sel, elle pleure bien assez. Les bulles remontent, les souvenirs, la rencontre, le premier message, le premier verre, la première nuit et la deuxième, la première virée à la mer, elle avait des bagues à chaque doigt, des tas de bracelets, autour des poignets et l'amour chevillé au corps, les photos sur la plage, le sable dans les cheveux, la vie qui se reflète dans leurs yeux, la première dispute, la première réconciliation maladroite, les non-dits, les rires à nouveau, les nuages dans les yeux, la peur, la première nuit blanche, il n'est pas là, les messages sur le téléphone, la messagerie pleine, le parfum d'une autre, les traces de rouge à lèvres, les explications, hasardeuses parfois puis toujours, les larmes, la colère, le sang pour se punir, le silence, le tourbillon, encore et toujours le silence qui emporte avec lui le rire des amants.

Les pâtes sont prêtes. Elle n'a pas faim mais puisque tout a une fin, elle se force. Alors, tout en mangeant son plat de farfalle, elle se dit que ce soir, elle aura des papillons dans le ventre.

Encore un peu. Encore une fois.

Vincent Lahouze

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