TEMOIGNAGE:

"Je m'appelle Elsa, qu'importe mon âge, qu'importe ma ville. Si vous ne devez retenir qu'une chose, c'est celle-ci: Je m'appelle Elsa et j'ai vécu pendant trois ans avec mon violeur. Je vois déjà vos sourcils se lever ou se froncer. J'entends déjà vos voix s'exclamer: "Comment ça? Être en couple avec son violeur?! Encore une menteuse, une connasse qui veut faire son intéressante!" J'ai entendu ces mots trop de fois durant ces derniers mois, j'ai l'habitude. Oui, c'est vrai. J'ai été en couple avec mon violeur, et pire encore, je l'ai aimé à la folie.

Quand on s'est rencontré, il portait un masque qui lui collait à la peau, parfaitement. Cultivé, amusant, charismatique, sensuel, il avait cette faculté de figer le temps quand il parlait, quand il riait. Il ne m'a fallu que quelques heures pour tomber amoureuse, éperdument amoureuse. Au début de notre relation, vous savez comment c'est, on s'est aimé passionnément, plusieurs fois par jour, qu'importe l'heure et l'endroit, on s'aimait, on s'abandonnait et on avait le sentiment de dominer le monde. Et puis, peu à peu, le quotidien s'installe, le boulot qui épuise, quelques soucis de santé, la banque qui te harcèle, le sommeil qui te pose un lapin et une libido qui s'efface, peu à peu, pas à pas. Les corps se croisent mais ne s'entremêlent plus comme avant.

Mais lui, il ne l'a pas vu, il ne l'a pas compris. Ou il a refusé de comprendre.

Durant des mois, j'ai accepté à contre-coeur, à contre-corps, qu'il me fasse l'amour. Je n'aimais plus la douceur de sa langue, ses doigts, je n'aimais plus son sexe qui me fouillait, ce n'était pas de sa faute, ce n'était pas de la mienne, je n'avais plus envie de lui mais je n'ai pas osé lui dire. Durant des mois, il s'est allongé sur moi, il m'a prise comme une poupée de chiffon, gonflable, de porcelaine, sans que je n'ose dire non. Il n'a pas vu, il n'a pas compris. Ou il a refusé de comprendre. Il n'a pas entendu mes sanglots étouffés dans l'oreiller après qu'il ait joui, il se contentait de me dire: "je t'aime" après s'être vidé et moi, j'étais incapable de lui répondre. Je me contentais de lui sourire. Ça a duré des mois. Et puis un jour, j'ai dit non.

J'étais en train de lire, j'ai senti sa main remonter le long de ma cuisse et j'ai dit: Non.
Ses doigts ont écarté ma culotte et j'ai dit:
Non.
J'ai senti les va et viens, sa bouche sur mes seins. Et j'ai dit: Non.
Mais il s'est allongé sur moi, il m'a pénétré, il m'a embrassé de force pour que je me taise et il m'a dit: "J'suis ton mec, j'ai le droit!"

Et pour la première fois, j'ai vu le masque de celui que j'aimais se fissurer. J'ai vu son vrai visage. Celui d'un homme ordinaire, celui d'un violeur qui s'ignore, celui d'une victime et bourreau à la fois.

Le lendemain, je l'ai quitté. Il n'a pas compris, ou il n'a pas voulu comprendre. Je le crois sincère quand il n'a pas vu le mal, je le crois sincère quand il me disait qu'il m'aimait. Mais il m'a violé. C'est irrémédiable, il m'a violé, pendant des mois. À contre-coeur, à contre-corps, j'ai subi son amour et la violence de son sexe. Je regrette de ne pas avoir su lui dire plus tôt, de ne pas avoir su l'arrêter dès la première fois. Mais c'est ainsi.

Aujourd'hui, j'ai pardonné à cet homme. On ne se revoit pas, je n'ai pas de nouvelles mais je lui ai pardonné. Parce que c'est un homme tristement ordinaire, dans une société qui traite les femmes comme de la viande à consommer, où on apprend aux hommes qu'il faut être fort et viril en toutes circonstances, où on apprend aux femmes qu'il faut être sexy et prête à l'emploi, en toutes circonstances. Nous vivons dans une société qui par certains côtés ressemble encore au Moyen-Age. Le droit de cuissage, le devoir conjugal, tant de personnes et moi la première durant des années croient que c'est obligatoire dans un couple, qu'on ne peut refuser. Tant de personnes ont peur de la solitude, que celle ou celui qu'on aime parte si l'on écarte pas les cuisses. Mais MERDE!

Quand c'est non, c'est non! Si je n'ai pas envie, je n'ai pas envie. Et ça peut être mon petit ami, le voisin de palier ou un mec rencontré en soirée, si je refuse et qu'il continue tout de même, c'est une agression sexuelle, c'est un viol. C'est tout.

Éduquons nous, avant de nous briser."

Elsa.

Ceci est une histoire vraie, un véritable témoignage. Combien d'Elsa en France, dans le Monde? A lire et à partager.

Témoignage d'Elsa, retranscrit à sa demande par Vincent Lahouze

(J'ai décidé d'ouvrir une nouvelle rubrique sur mon blog "Artiste comptant pour rien". En effet, j'ai conscience de ma notoriété sur la Toile et des nombreuses personnes qui me lisent régulièrement. Vous connaissez mes valeurs, ce que je défends chaque jour dans mes textes et dans la vie, mais sur certains sujets, je ne pourrais jamais en parler aussi bien que les concerné.es, et j'en ai pris conscience après quelques erreurs de ma part.

C'est pourquoi j'ai décidé de créer une rubrique de manière épisodique: "Témoignages", anonymes, sur des sujets divers et variés, afin de donner une visibilité et un support à des voix qui peinent à se faire entendre et qui me sollicitent régulièrement en privé.

C'est ce que je souhaite faire avec ces témoignages anonymes, de temps en temps. Sur n'importe quel sujet qui vous sera important à vos yeux. Nous en discutons en privé. Je vous aide à le mettre en forme sans toucher le fond. Et j'espère que cela sera bénéfique pour chacun.e de nous.)

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